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MYSTÉRIEUX
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Trois-Rivières avec M. de Vaudreuil il y a huit ou neuf ans, lorsqu’il en fut nommé gouverneur, je lui servis d’officier de garde jusqu’à l’année dernière, quand des raisons particulières m’engagèrent à m’absenter de nouveau des lieux où vit presque toute ma famille, pour aller à Montréal. Il y a six mois, on m’a fait revenir pour remplir la même charge, c’est-à-dire, servir d’officier de garde au nouveau gouverneur, M. Bégon. Et pendant ces deux espaces de temps, je n’ai jamais entendu parler une seule fois de Thom Cambrai.

L’aubergiste reprit :

— Ce n’est pas étonnant, car, depuis plusieurs années, il ne semble pas tenir à faire parler de lui. Vous me demandiez ce qu’il est ; je ne puis ajouter que peu de chose à ce que l’on en a dit hier. Il était pauvre, et il est devenu riche. On raconte qu’il y a dans cette maison des appartements dignes du roi, que Dieu protège ! Les uns pensent que Thom Cambrai a trouvé dans le jardin un trésor caché par un serviteur infidèle de feu M. de Francheville, seigneur de ce domaine, ce qui aurait précipité la ruine de cet infortuné monsieur et causé sa mort ; d’autres supposent qu’il a vendu son âme au diable. Quoi qu’il en soit, il est riche, et Dieu seul peut savoir comment il l’est devenu. Il a l’humeur sombre et a rompu toutes relations avec les habitants du pays, comme s’il craignait qu’on ne lui arrachât quelque secret. Si Michel Lavergne veut renouer connaissance avec lui, il y aura, je n’en doute pas, une querelle. C’est pourquoi, mon digne monsieur, vous devriez renoncer à vous joindre à mon mauvais sujet de neveu pour cette visite. Mais le voilà qui entre.

— Eh bien, mon neveu, avez-vous bien dormi ?

— Si j’ai dormi ? par Morphée ! je crois bien ; j’ai été obligé de me pincer trois ou