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LE MANOIR

— J’accepte la gageure, et quoique tu aies l’impudence du diable, je réponds que je la gagnerai.

— Mon neveu, dit Léandre Gravel s’interposant, buvez tranquillement votre vin et ne cherchez pas de sottes aventures. Je vous assure que Thom Cambrai a assez de crédit pour vous faire recevoir à la maison de pension du roi et alléger vos épaules du fardeau de votre tête.

— Je me moque pas mal de tous les Thom Cambrai présents, passés et futurs, oncle Léandre Gravel ; et, ventre-saint-gris ! je visiterai son manoir mystérieux.

— Je ne veux pas que l’on jure dans ma maison, fit observer l’aubergiste, commençant à s’agiter, contre son habitude.

— Je serai de moitié avec vous dans la gageure, dit DuPlessis, qui avait suivi toute cette conversation, si vous voulez que je vous accompagne dans cette tentative.

Léandre Gravel crut que DuPlessis voulait calmer Michel ; il le laissa dire.

— Mais quel avantage y trouverez-vous, monsieur ? objecta Michel, surpris de cette demande, à laquelle il était loin de s’attendre.

— Le plaisir d’admirer votre adresse et votre courage. Je suis un voyageur qui aime ces rencontres extraordinaires, que les anciens chevaliers recherchaient avec empressement.

Il paraît, pensa Michel, que je m’élève un brin dans son opinion, ou bien, c’est un renard qui songe à me faire descendre dans le puits. Chose certaine, du moins, je ne jouerai pas pour lui le rôle du bouc de la fable. Et, reprenant :

— Eh bien, vous serez de la partie. Buvons donc au succès de l’entreprise ; et si quelqu’un refuse de me faire raison, je lui coupe les jambes à la hauteur des jarretières.