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MYSTÉRIEUX
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— Je ne te demandais pas quel était son costume, drôle, dit Michel. Parle-nous de ses traits, de son teint, de ses yeux, de la couleur de ses cheveux.

— Quant à son teint, je ne saurais trop qu’en dire, mais j’ai remarqué l’éventail qu’elle tenait à la main ; il était monté en ivoire curieusement sculpté. Pour la couleur de ses cheveux, je puis vous dire que, brune ou blonde, elle portait un réseau de soie verte tissée avec de l’argent.

— Voilà bien une mémoire de marchand colporteur, fit Michel avec humeur. On lui demande des détails sur la figure d’une personne, et il vous décrit sa toilette, en supputant ce qu’elle a pu coûter.

— Je vous dis, répliqua Santerre, que j’ai à peine eu le temps de la voir ; car, comme j’allais lui souhaiter honnêtement le bonjour, Thom Cambrai, de qui j’avais attendu un accueil moins froid, parut tout à coup à mes côtés avec un gourdin à la main, me demanda pourquoi j’étais là, et, sans attendre ma réponse, m’enjoignit de décamper au plus vite si je ne voulais pas être dévoré par son chien, espèce d’éléphant revêtu de la peau d’un loup. Comme je ne tenais pas à être converti en saucisse, je ne me fis pas prier davantage pour dire adieu à la belle prisonnière et aux emplettes que je m’étais flatté de lui faire faire.

— Quel cœur de poule ! s’écria Michel. Eh bien, mes amis, je me fais fort, moi, de pénétrer dans ce manoir mystérieux et d’y voir la dame que garde le dragon Cambrai. Parions, Baptiste. Veux-tu gaver une pièce de toile de Hollande, car j’ai besoin de linge, contre ces cinq pièces d’or, que demain je vais chez Thom Cambrai et que je le force à me présenter sa future épouse ?