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LE MANOIR

me qu’il tient renfermée dans le manoir et que personne encore ici n’a pu voir, si ce n’est monsieur le curé, qui va y dire une messe basse chaque dimanche à six heures. J’oubliais, il y a aussi M. Baptiste Santerre, qui dit l’avoir vue un instant avant-hier, assise à une fenêtre, tout comme…

Un regard significatif de DuPlessis lui fit comprendre que ce dernier ne tenait pas à ce qu’il finît la phrase.

— Oui, monsieur Gravel, vous l’avez dit : moi aussi, je l’ai vue, la recluse du manoir mystérieux, ajouta le colporteur. Je m’étais dit : « Après tout cette dame, quand bien même elle ne se montrerait pas à tout venant, elle doit être faite comme les autres, et par conséquent elle doit aimer à acheter de belles et de bonnes marchandises. J’ai de quoi tenter la moins fière des filles d’Ève ; allons lui offrir quelques-uns de nos articles les plus recherchés. » Et je partis sur ce ton, une cassette dans chaque bras, me fiant en même temps que l’ancienne amitié dont j’avais été lié avec le maître du logis, l’empêcherait de me faire des impolitesses. La porte de la palissade n’était fermée qu’au loquet ; je l’ouvris et j’entrai résolument dans le jardin. En arrivant à environ quinze pas du manoir, relevant la tête, j’aperçus à une fenêtre du deuxième étage la plus belle femme oh ! si vous aviez vu !

— Raconte-nous comment elle était, dit Michel.

— Elle était mise en femme comme il faut, je t’assure, va ! Sa robe, son corsage et ses manches étaient couleur de gingembre ; à mon jugement, cette robe pouvait coûter au moins cinquante à soixante livres l’aune. Et son chapeau, messieurs ! c’est ce que j’ai vu de plus beau ; il était de soie jaune, bordé de franges avec une broderie. C’était magnifique.