Page:Houde - Le manoir mystérieux, 1913.djvu/29

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
MYSTÉRIEUX
29

En ce moment, Michel Lavergne et ses amis, ne faisant que sortir de table, entrèrent dans la salle, et, leur présence interrompit la conversation de l’aubergiste et de DuPlessis.

— Maintenant, camarades, dit Michel, parlons des anciens amis. Ainsi, Paul Deforge nous a souhaité le bonsoir pour aller régler ses comptes dans le pays où sa fausse arithmétique n’a pas dû le servir aussi bien qu’avec les acheteurs qui allaient se faire plumer dans le magasin de son père. Les frères récollets eurent beau lui enseigner pendant trois ou quatre ans que deux et deux font quatre, une fois sorti de l’école pour entrer dans le commerce en société avec son digne père, cela, d’après ses calculs, faisait cinq quand il vendait aux autres, et trois lorsqu’il en achetait quelque chose.

— Oui, continua un des convives grisés, il est mort d’un coup d’arbalète que lui tira un Indien Huron à qui il avait vendu en secret de la mélasse mélangée de je ne sais quelle drogue, en guise d’eau-de-vie.

— Honnête jusqu’à la mort, fit Michel, il n’avait pas voulu vendre de la véritable eau-de-vie aux Indiens, sans doute afin de ne pas transgresser la loi de son pays ? Et Jacques Courrier, qu’est-il devenu ?

— Il ne courra plus après rien, répondit le colporteur, si les dernières nouvelles que l’on en a eues sont vraies. Après être allé chercher fortune dans je ne sais quelle partie de la Nouvelle-York, où il espérait que sa connaissance de l’anglais lui ferait faire merveille, il paraît qu’il accomplit quelqu’exploit qui lui valut l’honneur d’être décoré avec dix sous de corde, à la mode anglaise que vous connaissez.

— J’avais toujours cru aussi, dit Michel, que ses aspirations élevées lui mériteraient de mourir entre le ciel et la terre.