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MYSTÉRIEUX
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Taillefer, à qui M. Hocquart avait fait un riche présent, épousa Louise et sut la rendre heureuse.

Le sort de Cambrai fut longtemps inconnu, et le manoir en question fut abandonné par M. Montour, à qui M. Hocquart le vendit, avec ses autres propriétés. Les domestiques affirmèrent avoir entendu des gémissements et des bruits extraordinaires sortir de la chambre occupée en dernier lieu par la dame du manoir, ce qui fit croire au vulgaire que cette maison était hantée par des revenants. C’en était assez à cette époque pour l’empêcher d’être habitée.

Trente-deux ans plus tard, en 1775, les débris de l’armée américaine qui venait de se faire battre sous les murs de Québec, où son commandant, Montgomery, fut tué, et d’éprouver un nouvel échec à la Pointe-du-Lac, en retraitant, arrivaient un soir au village de la Rivière-du-Loup, fatigués, épuisés. Après avoir brûlé le pont de la Grande-Rivière, pour retarder l’ennemi à leur poursuite, les Américains, qui n’étaient plus que quelques centaines, décidèrent de passer la nuit là. Un certain nombre se logèrent par groupes à l’auberge et dans les maisons privées, et la plupart se retirèrent dans le manoir abandonné. Peu après leur départ, de bonne heure le lendemain matin, on s’aperçut que le manoir était en flammes. Le feu fut-il mis à dessein ou par accident, c’est ce qu’on ne sut jamais. Toujours est-il que quelques heures après il ne restait plus que les murs noircis. Vingt-cinq années s’écoulèrent encore, ces murs restaient toujours debout comme un souvenir lugubre. Lorsque, le soir le vent soufflait à travers leurs ouvertures, les passants pressaient le pas comme s’ils avaient cru entendre des voix d’outre-tombe. Enfin, en 1800, on les démolit pour en faire servir la pierre aux fondations de la nouvelle église pa-