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LE MANOIR

— Je crois bien, ajouta Léandre Gravel, et valeureuse aussi. Car, dans mon jeune temps, lorsque les Iroquois rôdaient à nos alentours cherchant qui surprendre pour le tuer, il fallait voir les DuPlessis leur courir sus à la tête de nos braves et les mettre en fuite, sans jamais manquer d’en faire auparavant un beau massacre, tellement que plusieurs d’entre eux ont perdu la vie à ce dangereux métier. Aussi il me semblait que votre air de famille ne m’était pas tout à fait inconnu.

L’aubergiste s’avança avec le nouveau convive ; la présentation fut faite, on but à la santé de l’étranger, et la conversation reprit son cours, d’un côté entre Michel Lavergne et ses amis, de l’autre entre Léandre Gravel et Gatineau DuPlessis.

— Comme ça, dit l’aubergiste à DuPlessis, vous n’étiez pas encore venu à la Rivière-du-Loup avant cette fois-ci ?

— Non, monsieur, je n’étais jamais venu plus loin qu’au fort d’Yamachiche, près duquel demeure un de mes frères, qui a changé l’épée pour la charrue, et j’étais loin de supposer que la Rivière-du-Loup fût un établissement déjà si avancé.

— C’est que, continua le premier, la colonisation a fait du progrès depuis vingt-cinq ans, c’est-à-dire, depuis la fin de nos guerres avec les Anglais. Louis XIV était un grand roi, pour lequel mon défunt père professait le plus profond respect et la plus vive admiration ; mais, autant que je puis voir — car j’étais encore jeune lorsqu’il mourut, — son humeur guerrière nuisait beaucoup à l’établissement du Canada, en ce qu’il était presque continuellement en difficulté avec tout le monde, entre autres les Anglais, dont l’hostilité et le voisinage dans la Nouvelle-Angleterre et la Nouvelle-York obligeaient les Canadiens à négliger le défrichement et la culture de leurs