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MYSTÉRIEUX
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plus revu ! Il est impossible qu’il ignore que l’on m’a forcée à revenir ici, et il n’est pas encore arrivé à mon secours, bien que trois ou quatre heures suffisent pour se rendre des Trois-Rivières ici, avec un bon cheval. Dieu seul connaît le fond des cœurs et peut prévoir le dénouement de cette triste aventure. Que sa volonté soit faite… je n’espère plus qu’en son infinie miséricorde !

Cambrai, ému, ce qui lui arrivait rarement, alla rejoindre son complice, après avoir soulagé en partie sa conscience du poids qui l’accablait.

Deschesnaux et lui se retirèrent dans la salle à dîner, au premier, et attendirent ce qui allait arriver. Ils attendirent vainement. Il faisait noir depuis une demi-heure, et rien n’avait bougé au dehors. Deschesnaux se dit :

— Peut-être a-t-elle résolu d’attendre que son mari soit venu pour sortir ; je n’y avais pas songé. Et il sortit.

Au bout de quatre ou cinq minutes, Cambrai entendit les pas d’un cheval dans la cour, puis un coup de sifflet semblable au signal de l’intendant lorsqu’il arrivait. L’instant d’après, la porte de sa chambre s’ouvrait, et l’infortunée Joséphine, ne pouvant voir de la galerie dans la cour que l’angle du mur cachait à ses regards, s’avançait quelques pas sur le petit pont-levis pour tâcher de découvrir qui arrivait : soudain le pont s’abaissa sous son poids, et elle fut précipitée d’une hauteur de vingt pieds dans les flots, en poussant un faible cri.

Cambrai, en entendant le pont s’abattre, courut dehors pour s’assurer de ce qui venait d’arriver.

— Je ne croyais pas imiter si bien le signal de l’intendant, lui dit Deschesnaux en le rencontrant au coin du manoir.