Page:Houde - Le manoir mystérieux, 1913.djvu/227

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
MYSTÉRIEUX
227

que cette nouvelle inattendue venait de faire naître en elle.

— Ce n’est pas ce que j’ai voulu dire, reprit le gouverneur ; mais elle a été enlevée la nuit dernière par le nommé Deschesnaux, et M. l’intendant regrette maintenant ce qui a été fait et veut aller arracher sa malheureuse femme à la garde de cet homme.

— C’est ce qu’il aurait dû faire déjà, dit la marquise, chez laquelle la colère succéda à la pitié dès qu’elle apprit que rien de fatal n’était arrivé à Joséphine. Entrez, mademoiselle, entrez, ajouta-t-elle en s’adressant à Mlle de Beauharnais, qui, poussée aussi par la curiosité et l’inquiétude tout à la fois, venait à son tour, hésitante, tâcher de connaître l’explication de ce qui paraissait se passer de si étrange. Les réjouissances ne sont pas épuisées, mademoiselle : il nous reste à célébrer les noces de M. l’intendant. Vous paraissez surprise ? Rien n’est pourtant plus vrai. Il nous en avait fait un secret, afin de nous ménager sans doute le plaisir de la surprise. Je vois que vous mourez d’envie de savoir qu’elle est l’heureuse épouse de M. l’intendant de Sa Majesté au Canada : c’est Joséphine Pezard de la Touche, la même qui a figuré dans les divertissements d’hier comme la femme de son serviteur Deschesnaux…

— Au nom du ciel ! madame, interrompit M. Hocquart en se levant, ne foulez pas aux pieds le ver de terre déjà assez écrasé !

— Dites plutôt un serpent, monsieur, la comparaison sera plus exacte, répliqua la marquise en sortant de l’appartement suivie de Mlle de Beauharnais, qui avait peine à en croire ses yeux et ses oreilles.

M. Bégon, qui n’avait pas encore parlé, dit alors :

— Ce n’est pas le temps des reproches et des récriminations : la première chose à faire, est