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MYSTÉRIEUX
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— Deschesnaux s’est trop pressé ; il m’est fidèle, attaché, mais son zèle l’emporte. Il a ses desseins qu’il veut faire réussir. Si je m’élève, il s’élève, et il ne se montre que trop pressé de m’affranchir de l’obstacle qui me ferme le chemin du pouvoir. Je ne veux pas de précipitation. Elle sera punie, mais après y avoir réfléchi froidement. Pour aujourd’hui, une première victime me suffit, et cette victime m’attend dans le parterre, à deux pas d’ici.

Il se mit en toute hâte à écrire le billet suivant :

« Mon cher Deschesnaux,

« J’ai résolu de différer l’affaire confiée à vos soins, et je vous enjoins expressément de ne pas aller plus loin pour ce qui la regarde. Je vous recommande de revenir au plus tôt ici, aussi vite que vous aurez mis en sûreté le dépôt qui vous est confié. Mais dans le cas où ces soins vous retiendraient plus longtemps que je ne le suppose, renvoyez-moi de suite mon anneau. Je compte comme toujours sur votre fidèle obéissance.

« HOCQUART. »

Comme il finissait cette lettre, Lavergne se présenta.

— Combien de temps te faut-il pour rejoindre ton maître ? dit M. Hocquart.

— Une heure, à peu près, monsieur.

— J’ai entendu parler de toi, continua l’intendant : on dit que tu es actif, mais trop adonné au vin et trop querelleur pour que l’on puisse te confier quelque chose d’important.

— Monsieur, j’ai été soldat, marin, voyageur, aventurier. Ce sont des métiers qui n’enseignent pas la tempérance. Mais, quoi que j’aie pu faire, je n’ai jamais oublié ce que je devais à mon maître.