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LE MANOIR

tendaient à diminuer l’influence qu’elle avait sur vous, et que j’étais toujours prêt à exposer ma vie contre vos ennemis…

— Oui, Deschesnaux, je le reconnais. Mais avec quel air de noblesse elle m’exhortait à tout avouer à Son Excellence ! Est-il possible que l’imposture puisse à ce point affecter le langage de la vérité, et l’infamie prendre le voile de la vertu ? Ne serait-il pas possible qu’elle fût innocente ?

L’angoisse avec laquelle l’intendant exprima ce doute, produisit une certaine inquiétude chez Deschesnaux ; mais il se raffermit bien vite par la réflexion qu’il y avait moyen de détruire jusqu’à ce doute, reste de magnanimité, dans l’esprit de son maître. Persévérant dans sa diabolique astuce, il fit semblant de réfléchir un instant, puis il dit :

— Cependant, pourquoi ne se serait-elle pas enfuie chez son père, si elle se fût cru des torts envers vous ? Mais non, cette démarche ne se fût pas conciliée, avec le désir impatient d’être publiquement reconnue épouse de l’intendant de Sa Majesté.

— C’est évident, reprit M. Hocquart endurcissant de nouveau son cœur, en ajoutant foi aux hypocrites insinuations de son pervers confident. Elle ne voulait pas renoncer au titre et au rang du sot qui a enchaîné son sort à elle. Si, dans mon aveuglement, j’avais couru au-devant de la disgrâce et, plongé ensuite dans un désespoir facile à concevoir, quitté soudain le pays pour ne plus jamais y faire parler de moi, mes biens ici lui fussent restés en partage. Ainsi, elle m’encourageait à affronter un péril qui ne pouvait que lui être profitable. Ah ! dire que j’ai aimé cette perfide créature ! C’en est assez ! c’en est trop ! elle ne se jouera plus de moi ! il faut en finir avec elle… que je ne la revoie ni n’en entende plus parler !