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LE MANOIR

river pour le prévenir de son évasion. Il finit en suppliant Son Excellence de vouloir bien que sa malheureuse épouse fût remise entre ses mains, répétant que c’était elle qui avait demandé à vivre dans la retraite, loin de son père et de toutes ses anciennes connaissances. L’intendant tressaillit ; mais ; faisant un effort sur lui-même, il contint son émotion pendant que le gouverneur disait :

— C’est trop se presser, M. Deschesnaux ; il faut d’abord que M. Painchaud me fasse rapport sur la santé et l’état mental de votre femme. Mais vous pouvez la visiter si vous pensez que votre présence puisse la calmer, ce qu’à vrai dire je ne crois guère.

Deschesnaux s’inclina et se retira.

Le gouverneur, resté seul avec M. Hocquart, lui dit :

— Cette pauvre femme fait pitié à voir. Elle est punie sévèrement pour avoir manqué aux égards qu’elle devait à son père. J’avais d’abord compris, par ce qu’elle me disait, que vous aviez contribué à son enlèvement, mais, ensuite, je me suis aperçu que j’avais eu tort de vous soupçonner, sur la parole de cette pauvre insensée, de nous avoir caché la vérité.

— Votre Excellence ne saurait avoir de tort envers son humble serviteur, répondit M. Hocquart.

Le gouverneur, désireux de changer de sujet, recommença à parler des affaires d’État dont ils s’étaient déjà tous les deux entretenus le matin, et, au bout de quelques minutes, ils se séparèrent.

Après le déjeuner le gouverneur reçut la visite du frère Bernardin de Gaunes, récollet, curé des Trois-Rivières et chanoine du chapitre de l’évêché de Québec. Après avoir causé quelques instants ensemble, ils sortirent tous les deux pour aller visiter le couvent des récollets, fondé vers la fin du siècle précédent, le couvent