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MYSTÉRIEUX
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parle Votre Excellence, je ne suis point la femme d’un vil esclave, du plus abominable des hommes ! Je ne suis pas la femme de Deschesnaux. J’aimerais mieux être la fiancée de la mort !

Le gouverneur, ne sachant plus que penser de cette femme singulière, reprit après un moment d’hésitation :

— Qui êtes-vous donc ? et quel est votre mari ? Parlez.

— M. Hocquart, Excellence, M. l’intendant Hocquart… sait tout !

— Sait tout ! sait quoi ? dit le gouverneur avec vivacité.

Et, prenant la pauvre femme par le bras, il sortit de la charmille et traversa le parterre en traînant la malheureuse femme, qui avait à peine la force de marcher, tant elle était émue, bouleversée.

— Où est M. Hocquart ? demanda-t-il, en arrivant devant la porte du château, d’un ton qui glaça d’effroi les officiers auxquels il s’adressait.

— Il vient de partir pour se rendre chez M. le docteur Alavoine, à deux pas d’ici, répondit l’un de ces derniers.

— Qu’on aille lui dire de venir ici de suite, poursuivit-il. Mais non, j’y vais plutôt moi-même. Suivez-moi, madame, ajouta-t-il en entraînant toujours Joséphine par le bras.

Les officiers se regardèrent avec étonnement. Ils ne comprenaient rien à cette scène extraordinaire. Ils se contentèrent de se parler tout bas en voyant le gouverneur et la femme inconnue sortir par la porte de devant du jardin et entrer chez le docteur Alavoine.

Si, dans un beau jour d’été, alors que tout est calme dans la campagne, la foudre venait à tomber aux pieds d’un voyageur, sa stupéfaction ne serait pas plus grande que celle de M. Hocquart en apercevant le gouverneur avec