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LE MANOIR

— Que signifie cela ? dit-il. Vous paraissez plus troublée que ne le laisserait supposer l’embarras causé par ma présence imprévue. Que désirez-vous ?

— Votre protection, votre protection, murmura-t-elle d’une voix suppliante.

— Il n’est aucune personne qui n’y ait droit quand elle le mérite, reprit le gouverneur. Mais pourquoi me demandez-vous protection ? qu’avez-vous à craindre ?

Joséphine, ne sachant quoi dire, pour échapper aux dangers qui la menaçaient sans compromettre M. Hocquart, fut saisie d’une grande confusion et répondit en baissant la tête :

— Hélas ! je n’en sais rien.

— Vos démarches sont singulières, reprit M. de Beauharnais, que le trouble de Joséphine intéressait néanmoins. Avouez-moi la cause de vos peines, mon enfant, le représentant de Sa Majesté est le père du peuple canadien, et surtout le protecteur des faibles.

— Je demande… j’implore… bégaya Joséphine, votre protection contre Deschesnaux.

— Quoi ! Deschesnaux ? l’ami, le protégé de M. Hocquart ? Que peut-il y avoir de commun entre vous et lui ?

— J’étais sa prisonnière. Il a attenté à ma vie… et j’ai fui pour…

— Pour vous mettre sous ma protection, continua le gouverneur ? Vous l’aurez. Mais, ajouta-t-il en jetant sur Joséphine un regard inquisiteur, vous êtes Mlle Pezard de la Touche, fille du noble seigneur de Champlain ?

— Pardon ! ah ! pardon ! Excellence.

— Et que dois-je vous pardonner, coupable enfant ? Est-ce d’avoir épousé M. Deschesnaux malgré votre père ?

Joséphine se releva en disant :

— Non, non, j’en atteste le Dieu qui m’entend, je ne suis point la fille déshonorée dont