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MYSTÉRIEUX
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joli garçon ; il avait l’œil d’un faucon et aimait à être mis avec élégance.

— Ah ! notre Michel savait escroquer un habit à la friperie pendant que le marchand avait le dos tourné ; quant à son œil de faucon, il était toujours fixé sur mes cuillères d’argent égarées. Il a passé trois mois chez nous, et grâce à ce qu’il m’a volé, à ce qu’il m’a bu, s’il était resté six mois de plus, j’aurais pu fermer la maison et aller retirer mes rentes le long du chemin du roi.

— Malgré tout, mon cher hôte, je suis persuadé que vous seriez fâché d’apprendre que ce pauvre Michel a été tué en attaquant un poste ennemi.

— Fâché ! ce serait la meilleure nouvelle que je pusse apprendre de lui, car elle m’assurerait qu’il n’est pas mort de la main de l’exécuteur des hautes œuvres de Sa Majesté chrétienne, et je crains que sa mort ne fasse jamais honneur à sa famille. Dans tous les cas, que Dieu lui fasse paix !

— Pas si vite, mon cher hôte, pas si vite ! votre neveu vous fera encore honneur, si c’est celui que j’ai connu et que j’aime presque autant, ma foi, je puis le dire, que moi-même. Ne pourriez-vous pas m’informer de quelque marque qui pût me renseigner sur lui ?

— Oui, vraiment ; mon Michel a été marqué sur l’épaule gauche pour avoir volé un gobelet d’argent à madame Boucher de Niverville.

— Pour le coup, vous mentez, mon oncle ! s’écria le voyageur en déboutonnant son pourpoint et en montrant son épaule nue. Comme vous voyez, messieurs, ma peau est vierge de toute marque !

— Quoi ! Michel, c’est toi ! Oh ! j’aurais dû m’en douter, car il n’est personne qui puisse prendre autant d’intérêt à toi que toi-même.