Page:Houde - Le manoir mystérieux, 1913.djvu/188

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
188
LE MANOIR

Peu à peu le bruit diminua, la pauvre femme se retira de la fenêtre, espérant que M. Hocquart allait venir dès que tout serait fini. Mais il ne vint pas, et la malheureuse Joséphine, épuisée de fatigue et d’émotion, se jeta sur son lit, où elle finit par s’endormir, malgré ses efforts pour rester éveillée.

Lorsque le bruit du dehors la réveilla, il était jour.

— Il ne pense pas à moi ! se dit-elle avec douleur. Il est au milieu des honneurs et des plaisirs ; peu lui importe que son épouse infortunée languisse dans un obscur réduit, où le doute cruel va la livrer au désespoir. Tout à coup elle entendit frapper. Elle se leva et courut à la porte avec un mélange de crainte et d’espérance, en demandant :

— Est-ce toi, mon ami ?

— Oui, murmura très bas une voix.

Elle ouvrit en disant :

— Mon cher mari !…

— Ce n’est pas votre mari, répondit Michel Lavergne. Ah ! ah ! madame, c’est ainsi que vous êtes malade au manoir de la Rivière-du-Loup. Voilà qui va réjouir mon noble maître, votre époux, M. Deschesnaux.

— Éloignez-vous, misérable ! s’écria la malheureuse, affolée de terreur.

— Vraiment, que je m’éloigne ? Sans doute, je vais m’éloigner, mais avec vous, madame, et pour vous mener à votre époux, qui a tant regretté, dit-on, de ne pouvoir se présenter avec vous devant Leurs Excellences hier soir.

— Laissez-moi ! laissez-moi ! cria Joséphine. Je veux rester ici. Au secours ! au secours !

— Criez tant que vous voudrez, je me soucie d’une femme qui crie comme d’un chat qui miaule…

Cependant les cris de la pauvre femme lui amenèrent un défenseur inattendu. Le gardien