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MYSTÉRIEUX
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CHAPITRE XXX

DANS L’ATTENTE


La malheureuse Joséphine, enfermée dans la chambre que lui avait abandonnée DuPlessis, parvint, à force de raisonner, à prendre patience. Elle pensa que, dans une circonstance comme celle-là, il était possible, d’abord, que la lettre n’eût pas été remise de suite à M. Hocquart, et ensuite que, lors même qu’il l’eût reçue, il eût été empêché par les devoirs de sa charge de venir la visiter. Néanmoins, elle ne cessa pas un moment d’être aux écoutes, et chaque bruit qu’elle entendait lui semblait le pas de l’intendant qui accourait à elle. La fatigue qu’elle avait éprouvée et l’agitation causée par une incertitude si cruelle, commençaient à ébranler ses nerfs. Elle craignit un instant de ne pouvoir supporter plus longtemps ses angoisses. Mais bien qu’elle eût été élevée comme une enfant gâtée, elle avait l’âme courageuse. Elle appela la prière à son secours, et sentit son énergie revenir. Lorsque la nuit commença à se faire et que sa chambre fut inondée de flots de lumière par les feux d’artifice qui se croisaient dans l’air, il lui sembla qu’elle en sentait la chaleur. Elle fit un effort sur elle-même et se leva pour se placer près de la fenêtre et fixer ses yeux sur un spectacle qui, dans toute autre circonstance, eût charmé son imagination.

— Mon Dieu ! se dit-elle, ces vaines splendeurs ne sont-elles pas l’image de mes espérances ? Mon bonheur n’est-il pas une étincelle qui sera bientôt engloutie dans une mer de ténèbres ?