Page:Houde - Le manoir mystérieux, 1913.djvu/180

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
180
LE MANOIR

parle de me traiter comme un chien. J’ai, de plus, à craindre Deschesnaux et le redoutable docteur. Ma foi, je veux laisser tout cela ; mieux vaut encore la liberté, la vie, que l’argent, et je me sauverai avant d’avoir reçu la récompense de mes peines. Cependant, cette pauvre femme me fait compassion. Décidément, avant de m’en aller, je vais monter à sa chambre lui avouer que sa lettre est perdue. Ce sera plus franc. Elle pourra en écrire une autre et ne manquera pas de messagers pour la faire porter. Je lui dirai aussi que je me sauve en la recommandant à la bonté du ciel. Elle se rappellera peut-être la bague qu’elle m’a offerte. Je l’ai bien méritée. Après tout, c’est une aimable créature que cette pauvre dame. Au diable la bague ! Je ne voudrais pas m’avilir pour si peu de chose. Allons, deux mots à la dame, et puis en route, au plus vite.

Au moment où il allait entrer, il aperçut l’ombre d’un homme qui se projetait sur le mur, — il commençait à faire noir. Il s’éloigna prudemment et se promena de long en large dans la cour. Au bout d’un quart d’heure, qui lui parut un mois, il revint sur ses pas. L’ombre avait disparu. Il monta quelques marches et se trouva en face d’une porte entr’ouverte. Tandis qu’il délibérait s’il allait passer ou redescendre, la porte s’ouvrit toute grande et Michel Lavergne s’offrit à ses regards.

— Qui, diable ! es-tu ? s’écria celui-ci. Entre dans cette chambre que je te parle.

— Je ne suis pas un chien qui obéit au premier coup de sifflet, entendez-vous ? dit Taillefer, affectant une confiance qu’il n’avait pas.

— Tu raisonnes, je crois ? À moi, le gardien !

Un gros gaillard, mal bâti, aux yeux louches, et dont la taille avait plus de six pieds, parut à la porte, pendant que Lavergne continuait :