Page:Houde - Le manoir mystérieux, 1913.djvu/176

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
176
LE MANOIR

— Hélas ! Joséphine, le misérable auquel vous avez joint si inconsidérément votre sort, vous a-t-il donc abandonnée ?

Elle le regarda à son tour avec des yeux où la colère étincelait à travers les larmes, et se contenta de répondre avec l’accent du mépris :

— « Le misérable ! »

— Mais, continua DuPlessis, comment vous trouvez-vous ici, dans ma chambre ?

— Dans votre chambre ! s’écria-t-elle en partant précipitamment pour sortir.

Mais elle s’arrêta sur le seuil de la porte en murmurant d’une voix suffoquée :

— Hélas ! je ne sais où aller !

— Joséphine, dit DuPlessis ému, vous avez besoin de secours ; oui, vous avez besoin d’un protecteur. Eh bien ! vous ne resterez pas sans défense. Je représente votre père : nous irons ensemble au-devant de Son Excellence, vous oserez lui confier ce que vous ne voulez pas me dire, et son premier acte, en arrivant aux Trois-Rivières, sera un acte de justice. Je cours trouver M. Bégon pour qu’il me prête son appui.

— Au nom du ciel ! n’en faites rien, M. DuPlessis. Vous êtes généreux : accordez-moi une grâce… Vous voulez me sauver de la misère, de l’humiliation, du désespoir ; eh bien ! accordez-moi ce que je vais vous demander… Je suis la plus malheureuse des femmes, entraînée sur le bord du précipice par un concours de circonstances imprévues, extraordinaires, par le bras même de celui qui pense m’en sauver… par le vôtre !… par vous que j’estime… que je respecte comme le représentant de mon bon vieux père…

Il y avait dans ses gestes, dans sa voix, un appel si touchant à la générosité de DuPlessis, qu’il en fut profondément touché. Il l’engagea à se rassurer.