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LE MANOIR

Taillefer alla trouver maître Apollon Jacques pour lui offrir ses talents comme jongleur et ceux de sa sœur comme musicienne. Il donna sur-le-champ de son habileté des preuves qui le firent agréer dans la société des joyeux artistes, et l’on se contenta des excuses qu’il offrit pour sa sœur, qui était, dit-il, trop fatiguée pour chanter ou jouer du luth.

La pauvre femme, après avoir subi la terrible émotion que lui avait causée la présence de Deschesnaux, était réellement dans un état de grande faiblesse. Cependant, la pensée qu’elle approchait des Trois-Rivières, lui donna du courage. On la fit embarquer dans une voiture, à côté d’une bonne femme qui avait un rôle à remplir dans les divertissements projetés. Celle-ci se mit à discourir avec une volubilité qui avait le mérite d’épargner à la dame inconnue la peine de répondre.

Pendant ce temps, Taillefer, ayant repris son cheval et cheminant à côté de Cyriaque Laforce, subissait les questions de ce dernier, qui ne pouvait résister au désir de pénétrer le secret dont l’ancien maréchal sorcier s’enveloppait.

— Votre sœur, disait-il, a le cou bien blanc pour avoir habité une forge, et les mains bien délicates pour une paysanne. Je croirai à votre parenté lorsque l’œuf d’une corneille produira un cygne. Mais si vous me cachez un secret, vous vous souviendrez de moi.