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MYSTÉRIEUX
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CHAPITRE XXV

AUX TROIS-RIVIÈRES


Nos voyageurs étaient à mi-chemin entre le village d’Yamachiche et le fort de la Grande-Rivière lorsqu’ils rencontrèrent un jeune garçon, au regard niais, assis sur le devant d’une calèche traînée par un beau cheval brun. Il s’arrêta un peu en avant d’eux en demandant :

— C’est vous qui êtes le couple, pour sûr ?

— Certainement, mon garçon, répondit Taillefer sans hésiter, et il prit le cheval par la bride, le retourna dans la direction opposée, fit monter la dame dans la calèche, attacha les rênes de son cheval en arrière de la voiture pour s’en faire suivre, prit place à droite et partit en laissant le garçon l’air tout ébahi, après lui avoir jeté une pièce d’argent.

Tout cela se passa si naturellement que Mme Hocquart ne douta pas que ce cheval et cette voiture n’eussent été amenés là pour elle. Cependant, le jeune garçon, qui se voyait si lestement débarrassé des deux, reprit :

— Vous n’allez donc pas à l’église vous faire marier ?

— Nous sommes déjà mariés, repartit Taillefer, nous allons faire une promenade. Bonjour, garçon.

Ils avaient fait environ une lieue lorsqu’ils entendirent derrière eux le galop d’un cheval, et l’homme qui le montait, criait à tue-tête : « Au voleur ! au voleur ! au voleur ! »

— Nous sommes poursuivis, dit Taillefer en se retournant. Mais, quoi ! c’est le petit marchand d’Yamachiche. Cet homme est un imbécile ; je vais le traiter comme il le mérite.