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MYSTÉRIEUX
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— Mais s’ils allaient se venger sur Louise, lorsqu’ils découvriront mon absence ? observa Mme Hocquart. Louise, viens avec nous, je ne puis consentir à te laisser seule ici.

— N’ayez point peur, ma chère maîtresse, je ne cours aucun risque. Plût à Dieu que vous fussiez aussi sûre d’être bien accueillie où vous allez, que je le suis que mon père ne souffrira pas qu’on me fasse le moindre mal, quelle que soit sa colère contre moi.

— Adieu donc, Louise, dit Mme Hocquart en pleurant.

— Adieu, madame. Puisse la bénédiction divine vous accompagner ! répondit Louise… Et vous, ajouta-t-elle en se tournant du côté de Taillefer, puisse le ciel vous traiter, quand vous l’implorerez, comme vous aurez traité cette malheureuse dame, si injustement persécutée.

— Je justifierai votre confiance, excellente enfant. Mais hâtons-nous de nous séparer.

Mme Hocquart monta sur le cheval de Taillefer, et ils s’éloignèrent tous les deux du triste manoir. Quoique Taillefer fît toute la diligence possible, cette manière de voyager était si lente qu’au lever du soleil ils ne se trouvèrent qu’à deux lieues du manoir de la Rivière-du-Loup.

— Peste soit de ces aubergistes aux belles paroles ! dit Taillefer. Si ce M. Gravel m’avait averti plus tôt que sa frayeur de Deschesnaux l’empêcherait de me vendre un cheval, j’en eusse trouvé un ailleurs. Si M. Desclos n’eût été absent avec les deux siens, il m’en aurait peut-être vendu un. N’importe, pourvu que nous arrivions sans encombre, et que d’aller à cheval ne vous fatigue pas trop, madame.

— Oh ! la fatigue n’est rien pour moi en ce moment, répondit-elle. Tout ce que je souhaite, c’est que les forces nécessaires ne me manquent