Page:Houde - Le manoir mystérieux, 1913.djvu/158

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
158
LE MANOIR

prudence pour faire savoir à son mari son arrivée aux Trois-Rivières.

— Louise, dit Mme Hocquart, as-tu pris toi-même toutes les précautions pour que ce guide auquel je vais me confier, ne sache pas qui je suis réellement ?

— Il n’a rien appris de moi, madame, et il ne sait que ce que l’on croit ici de votre position.

— Et que croit-on ?

— Que vous avez quitté la maison de votre père pour épouser M. Deschesnaux.

— Quelle pénible position que d’être obligée de supporter une telle humiliation ! Hélas ! ne l’ai-je pas méritée en désobéissant à mon bon vieux père et en l’abandonnant plongé dans la douleur la plus amère ? Dieu ! pardonnez à ma coupable étourderie. En causant ainsi, elles étaient arrivées à quelque distance de la petite porte du parc, dont Louise avait une clef et qu’elle avait ouverte. À une couple d’arpents plus loin, Taillefer attendait avec la plus vive inquiétude.

— Avez-vous tout prêt ? demanda Louise.

— Oui, répondit-il. Cependant je n’ai pu trouver un second cheval. L’aubergiste a refusé de m’en vendre un, de peur qu’il ne lui arrivât malheur, et je n’ai su cela qu’au dernier moment. Mais la dame montera mon cheval, et je l’accompagnerai à pied jusqu’à ce que j’en trouve un autre à acheter. On ne pourra nous suivre, si vous n’oubliez pas votre leçon, charmante enfant.

— Je ne l’oublierai pas, bien sûr. Je dirai que madame ne peut sortir de sa chambre. Ce ne sera pas un mensonge, attendu qu’elle n’y sera plus.

— Oui, c’est cela, reprit Taillefer. Ajoutez aussi qu’elle a la tête pesante, et qu’elle a des palpitations de cœur ; ils comprendront à demi-mot : ils connaissent la maladie.