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LE MANOIR

— Assez forte, Louise ? je suis prête à franchir tout abîme qui puisse me séparer de ce loup sanguinaire. Échappons-nous de cet horrible lieu !

— C’est bien, madame. Un homme que je crois fermement du nombre de vos amis, puisqu’il vient de la part de M. DuPlessis, m’a parlé plusieurs fois à couvert de divers déguisements. J’avais refusé d’abord d’écouter ces projets ; mais les événements de ce soir m’ont décidée à aller le trouver. C’est le colporteur ; il vous attend à la porte de derrière du parc, muni de tout ce qu’il faut pour faciliter votre évasion. Ainsi, chère maîtresse, il faut que je vous quitte. Je vous confie à la garde de Dieu.

— Ne viendras-tu pas avec moi, ma bonne Louise ? Vais-je donc te perdre ?

— Il est nécessaire que je reste, afin que l’on ne découvre pas de suite votre départ.

— Mais, Louise, il me faut m’en aller seule avec cet inconnu ? Si c’était une intrigue conçue pour me séparer de toi ?

— Madame, je vous ai dit que c’était un ami de M. DuPlessis.

— C’est vrai. Alors, il doit être sincère, et je me fierai à sa protection comme à celle d’un sauveur envoyé du ciel, car jamais personne n’a été plus généreusement dévoué que ce pauvre DuPlessis. Il s’oubliait lui-même pour rendre service aux autres. Hélas ! il en a parfois été bien mal récompensé.

Louise rassembla à la hâte les effets dont Mme Hocquart pouvait avoir besoin et en forma un paquet. Elle eut soin d’y joindre ses diamants, qui pouvaient devenir une ressource en cas de besoin. Mme Hocquart revêtit les habits que Louise avait l’habitude de porter quand elle sortait, puis toutes les deux descendirent doucement, lorsqu’elles pensèrent que tous les habitants de la maison étaient endormis. Quand elles furent près de la porte du