Page:Houde - Le manoir mystérieux, 1913.djvu/153

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
MYSTÉRIEUX
153

dont l’existence ne peut être découverte que par celui à qui est cédée la clef de la science cabalistique.

— Voilà un serment de poids, dit Deschesnaux ironiquement, en prenant le flacon et la coupe. Je serai de retour dans un instant.

Il s’éloigna.

— Mon fils, continua Théodorus en s’adressant à Cambrai, quoi que puisse dire cet impie railleur, soyez assuré que personne n’est allé si loin que moi dans la science souveraine. Je vous dis que la vision de l’Apocalypse, cette nouvelle Jérusalem où tous les chrétiens doivent arriver, annonce figurativement la découverte de ce secret par lequel les créations les plus précieuses seront extraites des matières les plus viles, de même que le papillon aux ailes brillantes sort d’une informe chrysalide.

— Mais, illustre docteur, l’Écriture nous apprend que l’or et les pierres précieuses de la Cité sainte ne seront pas pour ceux qui commettent l’abomination et qui fabriquent le mensonge, non plus que pour ceux qui distillent le poison.

— Il faut distinguer, mon fils… Puis se retournant vers la porte qui s’ouvrait :

— M. Deschesnaux déjà revenu ! Avez-vous… ?

— Oui, répondit ce dernier avec une certaine émotion.

— Et vous êtes sûr d’avoir mis la dose exacte ?

— Aussi sûr qu’un homme puisse l’être ; car il y a des constitutions différentes.

— Alors, je suis tranquille. Vous êtes payé pour une simple maladie ; ce serait une prodigalité de causer la mort pour le même prix.

— Que lui avez-vous donc fait pour la forcer à obéir ? demanda Cambrai en frémissant.

— J’ai fixé sur elle, répondit Deschesnaux, le regard qui dompte les fous. On m’a dit, à l’hôpital, que j’avais le coup d’œil qu’il fallait pour soumettre les insensés.