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LE MANOIR

se tant que je suis honteuse de ma colère contre vous.

Deschesnaux quitta la chambre avec une expression de rage muette. Cambrai le suivit d’appartement en appartement, en lui posant maintes questions auxquelles il ne répondit pas. Lorsqu’il fut arrivé dans la salle à déjeuner, il demanda :

— Où est le docteur ?

— Dans son laboratoire, mais on ne peut lui parler dans ce moment, si nous ne voulons détruire l’effet de ses divines études.

— Oui, Cambrai, il étudie la théologie du diable. Mais toutes les heures sont bonnes quand je veux lui parler. Conduis-moi à son « pandémonium[1]. »

Cambrai guida Deschesnaux jusqu’à l’appartement souterrain occupé par le chimiste Théodorus. La porte était fermée. À force de cris et de coups, Deschesnaux parvint à arracher le sage à ses travaux. Théodorus ouvrit la porte ; mais ses yeux étaient obscurcis par les vapeurs de l’alambic sur lequel il méditait ; il ne reconnut pas de suite Deschesnaux, et dit :

— Serai-je donc toujours rappelé des affaires du ciel à celles de la terre ?

— À celles de l’enfer ! Mais nous avons besoin, Cambrai et moi, d’avoir une conférence avec vous.

En disant ces mots, Deschesnaux ferma la porte, et ils se mirent à délibérer tous les trois.

Pendant ce temps la pauvre femme arpentait fiévreusement sa chambre.

— Le scélérat, le traître ! je l’ai démasqué, Louise. J’ai attendu que le serpent déroulât devant moi tous ses replis. Et toi, époux pour qui j’ai sacrifié ce que j’avais de plus cher au

  1. Palais de Satan.