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LE MANOIR

caractère. Mais allez-y vous-même ; le diable vous a donné l’éloquence qui sait plaider les mauvaises causes.

— Si vous voulez, monsieur, que j’aille représenter à Mme Hocquart l’urgence de la mesure qu’elle doit accepter, donnez-moi une lettre pour elle, et comptez que j’épuiserai toutes les bonnes raisons pour lui persuader que la plus grande preuve d’affection qu’elle puisse vous donner, est de consentir à porter mon humble nom pendant une demi-journée seulement.

M. Hocquart se mit à écrire, et commença deux ou trois lettres, qu’il déchira. Enfin, il traça quelques ligues pour implorer Joséphine, au nom de l’honneur et de la vie de son époux, de consentir à porter le nom de Deschesnaux pendant le séjour du gouverneur et de la marquise aux Trois-Rivières. Ayant signé et scellé la lettre, il la remit à Deschesnaux en lui ordonnant de partir sur-le-champ.

L’intendant demeura alors absorbé dans ses réflexions, et n’en fut tiré que par le galop du cheval de Deschesnaux, qui s’éloignait. Il se leva précipitamment et courut vers la fenêtre avec l’intention de révoquer l’indigne message qu’il venait d’adresser à son épouse, mais il était trop tard, Deschesnaux était déjà disparu à l’encoignure de deux rues. À la vue du firmament, qu’il regardait comme le livre du destin, l’intendant rejeta de son âme toute pensée magnanime.

— Le voilà, se dit-il, le champ azuré où poursuivent leur cours ces astres dont l’influence est si puissante sur nous ! L’heure approche, l’heure que je dois désirer et redouter en même temps !… Mais je ne veux pas chercher à pénétrer ces mystères redoutables. Il faut que j’attende. Le moment viendra où je m’élancerai de toute ma force, et où j’entraînerai ce qui s’opposera à mon passage.