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LE MANOIR

— Je vais l’étouffer et le jeter dans cette rivière, dit Cambrai d’une voix basse et tremblante de fureur.

— Point de violence, dit l’astrologue, il faut être prudent. Voyons, Lavergne, mon brave, voulez-vous trinquer avec moi à la santé du noble intendant du roi et de M. Deschesnaux ?

— Certainement, mon vieux vendeur de mort-aux-rats, et je t’embrasserais si tu ne sentais pas une odeur de soufre et de drogues infernales. Je suis prêt : à Deschesnaux et à Hocquart ! deux esprits noblement ambitieux, deux mécréants plus élevés, plus profonds, plus malicieux, plus… Je n’en dis pas davantage… et celui qui ne veut pas traiter comme il convient un homme de ma qualité, je lui coupe les racines du cœur… Allons, mes amis !

En parlant ainsi, il avala le verre que l’astrologue venait d’emplir avec un flacon qu’il avait eu le temps de faire apporter pendant les divagations de l’ivrogne. Celui-ci, ayant bu, tomba bientôt ivre mort, car c’était de l’alcool pur qu’on venait de lui verser. On le porta au manoir et on le coucha.

Louise, qui avait tout entendu, ainsi que Taillefer, rejoignit en tremblant sa maîtresse, et Taillefer sentit sa compassion s’augmenter pour la jeune femme qu’il voyait livrée aux machinations de tels scélérats.

— Si je veux me mêler de cette affaire, se dit-il, je dois m’y prendre comme ce vieux scélérat quand il compose sa manne du Liban, et me mettre un masque sur le visage. Je quitterai donc l’auberge du « Canard-Blanc » demain, et je changerai de gîte aussi souvent qu’un renard poursuivi.

Léandre Gravel reçut les adieux de Taillefer avec un certain plaisir ; car le brave aubergiste, malgré toute sa bonne volonté, éprou-