Page:Houde - Le manoir mystérieux, 1913.djvu/137

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
MYSTÉRIEUX
137

— Elle a bien fait, mon enfant. Nous menons ici une vie assez ennuyeuse pour essayer de nous distraire quand l’occasion s’en présente.

— Mais, madame, mon père…

— Je prends tout sur moi, Louise. Approchez, brave homme, cria-t-elle au colporteur ; si vous avez de belles marchandises, vous trouverez votre profit.

Taillefer s’empressa d’étaler le contenu de sa balle en faisant l’éloge de ses marchandises avec la volubilité et l’adresse d’un véritable colporteur.

— Voilà plusieurs mois, dit Mme Hocquart, que je n’ai rien acheté. Mettez de côté cette fraise et ces manches de linon. Oh ! la jolie mantille couleur cerise ! n’est-elle pas du meilleur goût ? Je te la donne, Louise. Prends aussi cette étoffe chaude pour Marguerite. Et dites-moi, marchand, n’avez-vous pas de parfums, de sachets odorants ?

— Oui, madame, répondit Taillefer en lui montrant son assortiment et en ajoutant, pour fixer son attention, que les objets avaient augmenté de prix à cause des préparatifs qui se faisaient aux Trois-Rivières pour la réception du gouverneur, de la marquise et de Mlle de Beauharnais, et du mariage projeté de l’intendant du roi avec cette dernière, si l’on en croyait les rapports.

— Ces rapports sont mensongers, répliqua vivement Mme Hocquart, et ne sont faits que dans le but de ternir la réputation d’un homme d’honneur ; c’est infâme cela !

— Pour l’amour du ciel ! dit Louise toute tremblante, ne parlez pas ainsi, madame !

— Je vous assure, noble dame, reprit Taillefer au comble de la surprise, car il ignorait que Mme Hocquart, qu’il croyait femme de Deschesnaux, s’intéressât à l’intendant, je n’ai fait que répéter ce que bien des gens disent, et