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LE MANOIR

donc passé, ce colporteur inconnu ? Où, diable ! est-il ?

— Il est, répondit l’aubergiste, dans sa chambre à repasser les ventes de la journée et à se préparer à celles de demain.

— La peste soit du faquin ! reprit Santerre. Ce serait une bonne action de le décharger de ses marchandises ; car ces vagabonds font injustement tort aux honnêtes marchands de la campagne. Il y a de bons lurons dans le pays de chez nous, et le colporteur inconnu pourrait bien en rencontrer qui l’aideraient à porter sa marchandise.

— Attention ! fit l’aubergiste, ils trouveront à qui parler.

— Eh bien ! qu’il aille au diable ! Michel, dis-moi, la toile de Hollande que tu m’as gagnée, t’a-t-elle fait bon service ?

— Excellent, répondit Michel, elle promet de durer longtemps encore.

— Tu ne gagneras plus de semblables gageures, continua Santerre ; car Thom Cambrai a promis, si jamais tu remettais les pieds chez lui, de te faire sauter par la fenêtre.

— S’il a dit cela, le lâche hypocrite, je veux qu’il vienne ici prendre mes ordres ce soir même.

— La boisson produit son effet, Michel : Thom Cambrai arriver à ton coup de sifflet ? Allons, va te coucher, tu nous en conteras de pareilles demain, après avoir bien dormi.

— Mon imbécile de Baptiste, je te parie cinquante écus que Cambrai va venir immédiatement à mon ordre.

— Non, Michel, pas cinquante, mais deux seulement, que Thom ne viendra pas.

— Accepté. Mon oncle, envoyez mon cousin au manoir dire à Cambrai que Michel Lavergne l’attend ici pour affaire importante.

Le messager ne tarda pas à revenir dire que Thom Cambrai allait arriver.