Page:Houde - Le manoir mystérieux, 1913.djvu/132

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
132
LE MANOIR

CHAPITRE XX

LE COLPORTEUR INCONNU


La journée avait été belle et touchait à sa fin. Dans la grande salle de l’auberge du « Canard-Blanc » étaient réunis une demi-douzaine d’hommes qui causaient ensemble avec entrain. Au milieu du groupe se distinguait un homme vif, plaisant et affairé, que l’on reconnaissait, à son aune pendue à son côté, pour un colporteur. Il ne contribuait pas peu à l’amusement de la compagnie. À cette époque, les marchands ambulants avaient une grande partie du commerce dans les campagnes, et c’étaient aussi par eux que beaucoup de nouvelles se propageaient. Le colporteur inconnu était engagé dans une discussion avec Baptiste Santerre, marchand d’Yamachiche, notre ancienne connaissance, sur le mérite des bas de tricot d’Espagne comparés à ceux de Gascogne, quand un bruit de pas de chevaux se fit entendre dans la cour, et l’on vit bientôt entrer Michel Lavergne escortant Théodorus, qui paraissait fort inquiet de l’ivresse de son guide et eût voulu se rendre de suite au manoir.

— Par le Cancer et le Capricorne ! s’écria Lavergne, par toutes les étoiles que j’ai vues dans le ciel du midi, et auprès desquelles les pâles luminaires du nord ont l’air de chandelles de deux liards, le caprice d’un étranger ne m’empêchera pas d’embrasser mon cher oncle et de trinquer avec lui. Ne trinquerons-nous pas ensemble, je le demande ?

— Volontiers, mon neveu. Mais te charges-tu de payer ?