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MYSTÉRIEUX
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Le vieillard pâlit. Deschesnaux continua :

— Une récompense a été offerte pour l’arrestation d’un certain herboriste dont les épices précieuses auraient rendu malade le commandant des Trois-Rivières. Vous tremblez, Théodorus ? Voyez-vous donc quelque malheur dans la maison de vie ? Rassurez-vous ; nous vous enverrons dans une maison retirée à la campagne, qui m’appartient. Vous y ferez de la chimie, quoique, à vrai dire, je n’aie guère bonne opinion de votre chimie depuis votre peu de succès dans l’assaisonnement du bouillon du commandant des Trois-Rivières.

— L’horoscope du commandant des Trois-Rivières annonce que le signal de l’ascendant est combustion…

— Trêve de ce bavardage, Théodorus ; vous n’avez pas affaire à l’intendant ici.

— Je vous jure, s’écria l’alchimiste, qu’il n’y a qu’un seul remède capable d’avoir sauvé la vie au commandant, et nul autre homme vivant en ce pays ne le connaît que moi. Je dois donc croire qu’il a été sauvé par une organisation spéciale des poumons, dont jamais corps humain n’avait été doué avant lui.

— C’est un charlatan, dit-on, qui l’a soigné. Peut-être possédait-il votre secret.

— J’ai eu autrefois un domestique qui aurait pu me le dérober ; mais il a été enlevé au ciel sur les ailes d’un dragon de feu, avec mon aide… La paix soit avec lui ! Dans la retraite où vous allez me confiner, aurai-je un laboratoire ?

— Oui, et vous pourrez fondre, souffler, allumer et multiplier tout ce qu’il vous plaira. Mais rappelez-vous que votre premier soin doit être de me préparer une certaine quantité de manne du Liban.

— Je ne veux plus faire de cette drogue, dit le vieillard d’un ton résolu.