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LE MANOIR

— Non, c’est vrai ; mais il n’en est pas moins certain qu’elle croit que je l’aime, et que la marquise est sous la même impression, bien que je ne l’aie jamais dit ni à l’une ni à l’autre. Après l’intérêt qu’elles m’ont porté, et le service qu’elles m’auraient rendu en employant leur influence en ma faveur, ce serait mal les récompenser. Si au moins je pouvais garder leur estime tout en réalisant les espérances que vous faites briller à mes yeux.

— Soyez convaincu d’une chose, M. l’intendant, ou plutôt notre prochain gouverneur : c’est que les égards de madame de Beauharnais et les airs d’affection de sa protégée pour vous, ont un but plus intéressé, plus égoïste que votre nature généreuse ne se l’imagine. Pensez-vous que si elles ne s’attendaient pas à vous voir un jour gouverneur du Canada, comblé des faveurs de la cour, peut-être anobli, elles vous entoureraient d’autant d’attentions délicates et affectueuses qu’elles le font ?

— Vous avez peut-être raison, Deschesnaux. Dans tous les cas, ce qui me consolerait de les avoir désappointées, c’est, comme vous le faisiez remarquer il y a un instant, la pensée qu’une personne aussi distinguée et aussi puissamment protégée que l’est Mlle de Beauharnais, ne saurait manquer de trouver n’importe où des partis fort avantageux.

Deschesnaux venait de remporter un nouveau triomphe d’influence sur son maître par son habilité peu scrupuleuse. Il vit qu’il en avait dit assez pour le moment, et prétexta la nécessité de sortir pour une affaire qui l’appelait à la basse-ville. M. Hocquart le laissa partir, après lui avoir recommandé de lui amener Théodorus, avec lequel il désirait avoir une entrevue à la veillée.

Ce Théodorus n’était autre que le docteur Degarde, que Deschesnaux avait pris secrètement à son service. M. Hocquart avait la su-