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MYSTÉRIEUX
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avec M. de Beauharnais. C’est une perspective d’avancement qui vous arrive à propos. Vous voyez que j’ai eu cent fois raison de manœuvrer comme je l’ai fait pour vous sauver de l’humiliation, de la disgrâce, en un mot, d’une perte aussi complète qu’imminente.

— Je n’en doute plus, mon dévoué ami. Cependant, il faudra pourtant que, tôt ou tard, tout éclate, tout soit connu ; c’est alors que le contrecoup sera redoutable, terrible.

— Bah ! si tous les jours ont leur pleine, on saura apporter à chacun, son remède. Je m’explique. Je suppose que M. de Beauharnais, conseillé par la marquise, vous recommande à la cour comme son successeur, et que vous soyez nommé son remplaçant ; vous n’êtes pas encore obligé d’épouser de suite mademoiselle de Beauharnais. Vous gardez votre emploi et la laissez attendre après l’union recherchée, sous un prétexte ou un autre. Elle passe en France avec sa puissante et orgueilleuse protectrice, qui, par dépit contre vous, tâche de lui trouver quelque noble pour époux, et y réussit probablement. Dans tous les cas, une fois que vous êtes débarrassé des deux, vous pouvez être certain qu’elles ne prendront pas la peine de repasser les mers pour venir médire ici de vous. Sans tambour ni trompette, vous reconnaissez Mme Hocquart pour votre épouse. Personne ici ne trouvera à y redire ; et quant à la famille du gouverneur, si elle vient à l’apprendre, elle est trop fière pour se vanter d’avoir vu mademoiselle de Beauharnais dédaignée par vous. Vous jouissez alors paisiblement du bonheur que vous aviez rêvé, et vous le faites partager à celle que vous avez associée à votre sort. D’ailleurs, si je ne me trompe pas, vous n’avez jamais donné ouvertement à entendre que vous auriez l’intention d’épouser Mlle de Beauharnais.