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LE MANOIR

— Et c’est ce qu’il faut prévenir à tout prix, M. l’intendant.

— La chose est plus facile à dire qu’à faire, Deschesnaux. Vous avez entendu le gouverneur qui insistait pour que Joséphine fît acte de présence aux Trois-Rivières lors de son prochain voyage. Comment voulez-vous qu’elle s’y montre en public sans qu’il devienne connu qu’elle est ma femme ?

— Ce serait assez difficile, j’en conviens, monsieur ; mais ce qui est plus facile, c’est qu’elle ne se rende pas aux Trois-Rivières et qu’elle reste où elle est.

— Vous oseriez contrarier à ce point le gouverneur ? C’est pour le coup qu’il irait au fond du secret de toute l’affaire et nous afficherait tous les deux au mépris public et me ferait disgracier à la cour.

— Il y a un moyen de prévenir tout cela, M. l’intendant ; j’y ai déjà préparé le gouverneur et la marquise en leur faisant croire que madame… Hocquart, pour l’appeler par son vrai nom, entre nous, était indisposée. Il suffira, ma foi, qu’elle ne prenne pas de mieux d’ici à quelques jours ; c’est bien simple.

— Vous êtes un esprit fertile en expédients, Deschesnaux. C’est réellement bien trouvé, ce prétexte. Si vous me mettez parfois dans l’embarras, il est juste de reconnaître aussi que vous savez m’aider habilement à en sortir.

— C’est que, M. l’intendant, le dévouement est ingénieux à se rendre utile. C’est le seul mérite que j’ose réclamer.

— Et je ne suis pas assez aveugle pour le méconnaître, Deschesnaux. Mais, pendant que j’y pense, avez-vous entendu la marquise quand elle m’a dit que le gouverneur s’attendait à être rappelé en France avant longtemps ?

— Oui, j’ai saisi cela, en prêtant une oreille attentive à votre conversation tout en causant