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LE MANOIR

CHAPITRE XVIII

LE MAÎTRE ET SON CONSEILLER


Rentré chez lui, M. Hocquart resta une couple d’heures plongé dans un morne silence. Deschesnaux n’osa pas lui adresser le premier la parole, préférant le laisser se calmer avant d’entamer de nouveau le sujet qui venait de le jeter dans cet abattement.

C’est l’amour qui pour un moment a pris le dessus sur l’ambition, pensa-t-il ; mais le jugement de la tête reprendra bien avant longtemps son empire accoutumé sur les caprices du cœur.

Quand il crut le moment opportun, il se donna l’occasion de passer et de repasser, sans faire semblant d’y mettre de préméditation, dans l’appartement où l’intendant, tantôt assis immobile dans un grand fauteuil, tantôt marchant à pas lents d’un bout de la salle à l’autre, était absorbé par ses mélancoliques pensées. Enfin, il arrêta son favori au passage et lui posa à brûle-point cette question :

— Eh bien ! Deschesnaux, êtes-vous content de votre dernière manœuvre ? Trouvez-vous que vous m’avez assez bien enveloppé, comme ça, dans le plus odieux tissu d’effrontés mensonges qui puisse s’inventer ?

Le rusé favori ne fut pas déconcerté par cette mordante apostrophe. Il n’était pas homme à perdre son sang-froid pour si peu. Il répondit d’un ton affectant l’attendrissement :

— J’ai la conscience de ne pas mériter l’aigreur qui semble percer contre moi dans les paroles blessantes que vous m’adressez, M. l’intendant ; mais je souffrirai ce reproche comme