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LE MANOIR

qui invoque le diable est responsable de tous les maux qui arrivent par le fait du diable.

DuPlessis baissa la tête, et après un moment de réflexion :

— Je ne vois ici, remarqua-t-il, ni le capitaine Hertel de Rouville ni le lieutenant Labadie.

— Ils viennent de partir pour Québec, où ils veulent s’assurer s’il partira bientôt un vaisseau pour la France ; car, dès que M. Bégon sera déposé dans sa sépulture, ils donneront de leurs nouvelles aux conspirateurs qui l’y auront précipité, et s’embarqueront pour la France, pour de là passer aux Indes Occidentales ou à la Louisiane.

— Il est possible que je sois du voyage, dit DuPlessis, si pareil malheur arrive, dès que j’aurai terminé l’affaire que j’ai à régler devant le gouverneur général.

— Vous, une affaire à régler devant M. le gouverneur général, M. DuPlessis ! Avez-vous donc des affaires qui vous forcent à prendre le large ? Je vous croyais pourtant presque marié et à l’abri des coups de la fortune.

— Ne m’en parlez pas, répondit DuPlessis en détournant la tête.

— En êtes-vous donc là, mon pauvre ami ? continua de Tonnancourt. Je vous croyais arrivé au port. Mais, hélas ! ainsi qu’on chante,

Sous sa roue écrasant le chaume et le palais,
Nous avons vu cent fois la Fortune infidèle
Nous abuser un jour pour nous fuir à jamais.
Ne cesserons-nous pas d’être surpris par elle ?

En ce moment un domestique vint dire à DuPlessis que M. le commandant demandait à le voir.

M. Bégon était couché sur son lit. Il reçut DuPlessis avec une grande affection. Celui-ci, voyant que les symptômes de la maladie étaient ceux qu’avait décrits Taillefer, lui