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LE TOUR DU MONDE PARISIEN.

s’étonne-t-elle point de n’y point rencontrer celui qu’elle cherche ?

En vérité, ce doute est insupportable et je ne saurais y tenir.

Me voici de retour : dès ma rentrée, c’est elle que je vois. Ne la devinerais-je pas perdue entre dix mille de ses sœurs ? Comme son teint brille, ses yeux sont humides de volupté ; la fatigue et l’ivresse rougissent ses joues pâles, son sein palpite comme au jour de notre premier baiser ; non, certes, elle ne pense pas à moi, et son regard ne m’a pas cherché. Sait-elle que je fus absent ? m’a-t-elle vu rentrer ? je ne sais pas ; rien ne l’indique, et son émotion, ce n’est pas moi qui la cause.

Voici la danse finie, elle s’assied. Lui parlerai-je ; oserai-je m’inscrire sur son carnet déjà plein ? Non : je ne lui parlerai pas, je ne danserai pas ; il me semble que je la hais.

L’orchestre fait entendre de nouveaux accords ; c’est le quadrille des Lanciers. Elle se lève ; pour la cinquième fois elle danse avec ce jeune homme… un fat, qui compromet toutes les femmes… avec lequel je l’avais priée ce matin même de ne point danser.

Est-ce que je serais jaloux ?

Comment peut-on danser le quadrille des Lanciers ? Y a-t-il rien de laid, de prétentieux, d’insupportable comme ces figures ? Et cette musique ! Mais c’est une mode anglaise, et, dans le siècle où nous sommes, nos voisins les Anglais auraient l’idée de se promener en chemise ou de danser sur la tête que nous nous hâterions de les imiter. Allez ! allez toujours, saluez-vous jusqu’à terre, serrez-vous les mains, laissez-y des billets, si vous pouvez : tout cela est fort convenable, sur ma foi.

Décidément je suis jaloux,