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LE TOUR DU MONDE PARISIEN.

quement avec ses habitués, en avait reçu de si violentes blessures, qu’il lui était demeuré ces formidables excroissances. Et les combats devaient être assez fréquents pour justifier cette lutte homérique, ainsi que l’indignation manifestée par les restes poudreux d’une solive branlante, qui montrait le poing aux buveurs.

Le papier ; — mais occupons-nous d’abord des habitants.

À gauche, dans une encoignure ménagée, vallon perdu entre deux bosses, se dressaient l’un sur l’autre une marche de pierre, un comptoir, un tonneau et une vieille femme.

Non que la vieille femme fût assise sur le tonneau. Je ne pourrais vous définir la physionomie du siège qu’elle occupait, et que dérobaient entièrement aux regards le comptoir, le tonneau et la matrone elle-même, dont la tête dépassait jovialement l’amoncellement bizarre, et dominait la bruyante assemblée.

J’ai dit : jovialement. Je suis le premier à convenir que le mot est inexact. Il est certain qu’au primitif abord, la figure de la respectable maîtresse n’offrait pas une mince ressemblance avec les traits refrognés d’une ogresse. Elle avait le nez d’aigle, ce nez que les physionomistes attribuent également aux grands génies et aux épouvantables coquins, désirant par là rappeler notre attention sur la solidarité de nos natures, et donner aux hommes une leçon de véritable humilité.

L’hôtesse portait aussi le bonnet ruché, taché de vin, qui naturellement indique une tendance déplorable à l’absorption de ce dernier liquide. Je sais que les observateurs appuient leurs remarques à propos de cette passion sur l’existence de la ruche autour de la tête, et affirment que la liqueur répandue ne saurait être admise comme preuve immédiate, attendu que, versée sur le crâne, elle ne peut