Page:Hawthorne, La maison aux sept pignons, Hachette, 1886.djvu/265

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sont revêtues d’or, et les plafonds, de peintures éclatantes… Oui, mais dans quelque recoin bas et obscur, dans quelque étroit cabinet du rez-de-chaussée, bien verrouillé, bien fermé, bien cadenassé, dont on a tout exprès perdu la clef, — ou dans quelque citerne, savamment déguisée par un pavé de mosaïque, — gît peut-être un cadavre à demi décomposé, qui pourrit encore et dans tout le palais répand une odeur de mort ! Le maître ne s’en aperçoit pas, tant il la respire depuis longtemps ! Les serviteurs non plus, à cause des riches parfums qu’on a soin de répandre assidûment dans les salles d’apparat, et aussi à cause de l’encens qu’ils apportent pour le brûler aux pieds du propriétaire !… Mais parfois un Voyant se présente, et devant son regard fatalement doué, l’édifice entier s’évanouit ; — il ne reste plus pour lui que le cabinet soigneusement clos sur la porte duquel l’araignée file sa toile, ou bien encore la meurtrière citerne et le cadavre qui s’y décompose.

Appliquons au juge Pyncheon ces vérités métaphoriques. — Nous pourrions dire (sans vouloir le moins du monde accuser de crime un personnage si respectable) qu’il y avait dans sa vie assez de splendeur pour éblouir et paralyser une conscience plus active et plus subtile que la sienne. Son intégrité comme magistrat, — son zèle pour le service public, dans tous les emplois qu’il avait successivement occupés ; — son dévouement d’homme politique et la rigidité de ses principes ; — l’activité qu’il déployait comme président d’une société politique ; — son irréprochable exactitude comme trésorier d’une caisse d’épargne, spécialement consacrée à la veuve et à l’orphelin ; — les services qu’il avait rendus à l’horticulture en produisant