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renvoie ceux qui seront curieux de voir s’il se sait bien démêler en toutes façons de ceux qui l’entreprennent.

Il blâme l’auteur de ces Gazettes de ce que ses narrations tiennent tantôt le parti des huguenots contre les catholiques et tantôt celui des catholiques contre les huguenots ; au lieu que, sans parler de l’intérêt que nous avons de conserver nos alliés, plusieurs desquels ne sont pas catholiques, une cervelle mieux timbrée que la sienne aurait conclu de là que celui qu’il blâme observe la principale condition d’un bon historien, qui est d’être sans passion…

Le pamphlétaire accuse ensuite Renaudot d’avoir exagéré l’importance de sa Gazette.

Les fourbes gazétiques n’ont point acquis de nouvelles terres au roi, elles ne l’ont point fait empereur ; elles n’ont su, jusqu’à présent, persuader aux Électeurs de quitter le parti de la maison d’Autriche ; elles n’ont point empêché les rébellions du Poitou et de la Saintonge, ni les mouvements de la Normandie (où vous remarquerez comme la manie de cet ennemi de la France se plaît, en mentant, à publier nos maux, même intestins) ; elles n’ont point augmenté ni les finances, ni le revenu du roi ; elles n’ont point disposé les princes souverains à une paix universelle : Je ne pense point, dit-il, que des services de cette nature puissent avancer beaucoup les affaires du roi et de l’État. Se peut-il voir une conséquence plus inepte ?… Quelle effronterie ! s’écrie-t-il encore, de s’imaginer que ses Gazettes servent à l’État, et que les mensonges qu’elles étalent perpétuellement le maintiennent et le conservent ! Tant cet honnête homme a de dépit de quoi il y a eu si longtemps des Gazettes en France, dépit qui lui continuera encore longtemps, vu que, pour user des termes du sieur Renaudot :

Æquum est
Hac etiam sola nostris ratione placere,
Quod tantam moveant hostili in pectore bilem
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