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les demi-civilisés

ferait éclater de rire toutes les Amériques. Vivant dans ce milieu de contraintes, sans aucune initiative personnelle, j’étais une chose inerte, passive, purement réceptive. Le dimanche, au parloir, je ne voyais mes parents qu’à travers des grilles de fer, et, pour les embrasser, il me fallait allonger les lèvres dans de petit trous si froids, si froids… Brrr ! Laisse-moi prendre plus pleinement conscience de moi-même. Je ne changerai pas. S’il m’arrivait jamais de ne plus t’aimer, je ne croirais plus à rien, je douterais de ma propre existence.

Plus j’écoutais Dorothée, plus je m’étonnais de découvrir en elle une femme toute différente de celle que j’avais connue d’abord. De primesautière, violente et autoritaire, elle me paraissait mystique, rêveuse, irréelle.

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Par cette nuit d’hiver, j’assistais, en compagnie de Dorothée et de Maryse Gauty, au bal annuel des courses de chiens, événement principal du carnaval. Après quelques danses étourdissantes, nous avions admis quelques instants à notre table le vainqueur du derby, un petit homme brun, trapu, au visage crevassé. Pas