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l’idée de revoir leur jeunesse : ils s’empressaient et couraient sur la pointe des pieds, s’amusant à de grands pas inutiles, sautant une chaise et s’arrêtant pour s’esclaffer, comme si le « pion » venait de sortir.

Arsemar prit dans son secrétaire un dossier jadis blanc, presque en lambeaux et soigneusement caché dans un papier de soie.

« Philosophie. Octobre 1872, août 73. »

Et plus bas :

« Cette année a été la plus belle et la plus heureuse de ma vie, et bien que je l’aie passée entre les quatre murs d’une cour… etc… Janvier 74. »

À l’intérieur, des enveloppes jaunes où se lisait un nom, étaient pleines de ces billets carrés qu’on se passe au long des études ; une liasse portait le mot : diversa. Ils remuaient ces ruines avec amour. Il y avait là des bulletins de sortie, des cartes de premier, un bout de ruban bleu laissé par Georges au confident de sa première bien-aimée, une lettre indignée du proviseur aux parents de Desreynes, des vers, un calendrier couvert, en marge, de mots inintelligibles.

Ils feuilletaient, très affairés, assis tout près, comme sur un banc, et le coude au coude.

« Monsieur, j’ai le regret de vous informer que votre fils… »

— Oh ! je connais ! Le proviseur voulait me mettre dehors : « Monsieur Desreynes, la coupe est pleine, le vase déborde, la dernière goutte vient de tomber. » La phrase ne manquait jamais, quand j’entrais dans