Ouvrir le menu principal
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


se posant toute droite devant lui, elle lui mit cette fleur à la boutonnière, lentement.

Quand ce fut fait, il s’inclina pour lui baiser la main.

— Ce sera, dit-il, la fleur de pardon et d’oubli, n’est-ce pas ?

— Qu’ai-je donc à vous pardonner ?

— Vous avez trop d’esprit, madame, pour qu’il me plaise de ruser avec vous. Aussi bien que moi-même, vous avez su la cause de mon trouble, quand je vous revis sur le perron. Je ne veux m’excuser ni de mon audace, ni de mon erreur. Vous êtes la seule femme au monde que je n’avais pas le droit de trouver jolie. Croyez bien que je porte la peine de ma témérité ; mais je vous prie d’être assez généreuse pour m’épargner désormais la juste ironie de vos reproches.

— Vous parlez comme une leçon : l’auriez-vous apprise ?

— Ne riez pas : j’ai bien souffert de tout ceci.

— En peu de temps… Êtes-vous donc si sentimental ? Les hommes sont singuliers. D’abord, cher ami, vous ai-je reproché quelque chose ?

— Vous avez même été cruelle, madame. Combien de fois, en une seule journée, m’avez-vous obsédé du souvenir de ma faute ? Je vous demande humblement pardon de mon insulte, et…

— Faute ? Insulte ? En vérité, je ne vous comprends pas : me pouvais-je croire insultée par votre hommage, puisque je l’accueillais ? Vous m’avez plu