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V

J’ai besoin d’anxiété…

Marguerite de Valois.



Desreynes s’endormit mal, quand vint le soir : les mains jointes sous la nuque, et presque dressé sur son lit, il regardait la lune et l’ombre des feuilles jouer ensemble sur les rideaux de sa fenêtre.

L’anxiété était revenue dans l’insomnie. Qu’allait-il faire ? Il fallait cependant mettre un terme à ces équivoques où elle se complaisait, à ce jeu insolent des demi-mots et des demi-souvenirs. Comme il se serait réjoui, en d’autres jours, d’une semblable aventure ! Mais il prenait presque en haine toute la dépravation de ses plaisirs anciens, et, pour tant d’ironie qu’il dépensât contre sa faiblesse, il restait inquiet. Sa confiance en lui-même, il ne la retrouvait plus ; et cette petite créature, cet esprit superficiel et sans assises, cette gamine dont il aurait ri, l’intimidait comme une force. Faut-il donc ne s’émouvoir de rien, être délivré de son âme, pour conserver sa maîtrise dans la lutte ? Dompter cette femme ! Il frémissait d’impuissance,