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Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/68

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et si je pouvais encore me prosterner… ailleurs que devant toi, ma Dame, je voudrais être chrétien : mais c’est une religion si haute qu’elle semble n’avoir jamais pu exister humainement.

— Voyez le renégat ! Tu n’as aucune foi.

— J’ai foi en vous, mignonne.

— Profane ! Si tu n’as que celle-là…

— Qu’ai-je à faire d’une autre ? D’ailleurs, je le confesse : de vos trois vertus théologales, je n’ai jamais compris que la charité, et c’est elle que Jésus prêchait par-dessus tout.

— Et la foi ? Et l’espérance ?… Nous prendrons le café ici, n’est-ce pas ?

— L’espérance et la foi sont des vertus égoïstes, consolatrices des faibles, utiles, par cela seul ; mais qu’importeraient-elles à Dieu ? Crois-tu qu’il distingue les cultes comme fait le fanatisme des hommes ? Quelle que soit la religion qui adresse la prière, c’est toujours une prière ; quel que soit le nom sous lequel on invoque la conception divine, c’est toujours vers elle…

— L’invoques-tu, mécréant ?

— Mais, chérie, prétendre qu’il y a pour Dieu des païens ou des mécréants selon qu’ils ont pris leur formule en tel ou tel dogme, dire qu’il s’indigne et punira ceux qui ont adoré Jupiter, Allah, Isis, Ormuzd, Bouddha, ou simplement l’amour, c’est comme si l’on disait qu’il ne veut être adoré qu’en une seule langue, qu’il n’entend et ne comprend que celle-là, et maudit