Ouvrir le menu principal

Page:Haraucourt - Amis, 1887.djvu/414

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


cette menace, une arme pour forcer le mutisme de Desreynes. Puis, il parlait de retourner à Palerme et d’y chercher M. Perrenet ; il parlait aussi de reprendre sa femme.

— Eh ! Garde le, ton secret ! Elle a un amant ! Je le sais bien.

Desreynes ne répondit pas.

Arsemar, sombre, le regardait de côté ; il porta la main à ses yeux et se mit à marcher.

Au bout de quelques secondes, il dit simplement :

— Tu vois bien que je le savais.

Le lendemain, il ne parla plus de retour ; à peine même y songeait-il, avec autant d’ennui qu’à la pensée de demeurer ici.

Silencieux, il errait dans un morne désœuvrement.

Tout désir était mort en lui ; l’espérance, ainsi que le désir, était un mot vide de sens.

Les réalités s’estompaient sous une brume incertaine ; le monde contingent ne se manifestait à lui que comme un rêve, et son passé comme le souvenir d’un rêve.

Il crut par instants que Jeanne n’existait point, et qu’il l’avait imaginée ; il ne parvenait qu’avec peine à restituer ce visage de femme.

Encore, il douta de sa propre existence. Il subsistait non seulement hors de tout, mais hors de lui-même, abstrait et désintéressé de lui comme des choses, suspendu dans une sorte d’attente, qui était l’attente de rien. Sa vie ressemblait à un homme accroché sous