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sait vite ; il alla embrasser Arsemar et cingla sur les Indes. Sa trace fut bientôt perdue. Parti pour quelques mois, il resta là deux ans, tua des tigres, apprit l’anglais, fut le conseiller d’un prince, rédigea des lois déplorables et des notices géographiques, alla, vint, revint, et se sauva pour sauver sa tête, que menaçait la juste colère d’un roi cocu.

Sa première visite fut pour Arsemar : Pierre était absent, marié depuis peu, et voyageait en Italie.

Georges conçut quelque tristesse devant cette amitié qu’il jugea condamnée à mourir, quelque dépit devant ce changement de destinée et cette résolution prise sans ses conseils.

Pierre se disait heureux : il une à Paris, seul, et Desreynes put constater l’impeccable constance et la solidité de cette âme, où l’amour s’était venu joindre à l’amitié, gravement et sans rien lui prendre.

Arsemar n’avait modifié que les formes de sa vie. Une particule ancienne ajoutée à son nom, un titre repris, quelques pensées d’affaires, une grande maison, beaucoup d’or : qu’importait tout cela ? Pierre s’épanouissait de bonheur dans son unique amour. Desreynes seul lui manquait ; il l’appelait souvent.

Un jour, enfin, la précieuse nouvelle arriva ; Georges se mettait en route…

— Qu’est-ce que je vaux, auprès de lui ? pensa Desreynes ; qu’est-ce que vaut ma joie auprès de la sienne, à la seule idée de ma venue ?