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Arsemar répétait :

— Je t’ai fait bien de la peine. Mais, va, c’est fini, tu vois bien… Le reste finira aussi. Cela passe.

Il ajoutait :

— L’amour s’éteint, l’amitié dure.

Il espérait ainsi.

N’est-ce pas un commencement de guérison, que d’espérer la guérison et d’y croire ?

Pierre n’y croyait pas toujours, mais parfois…

Dès que le malade put se lever, ils quittèrent la capitale.

Cette journée en wagon fut un de leurs plus agréables voyages. Au milieu des paysages changeants, tour à tour montueux et plats, les deux hommes, seuls et comme visités par la nature qui passait, jouirent pleinement du bonheur d’être ensemble ; dans cette solitude qui roule, on eût dit que leurs sentiments participaient au vestige de la fuite : cette hâte d’aller exerçait une sorte de contagion sur leur hâte de revivre ; la foi s’accélérait en eux, comme les plaines autour d’eux ; leurs regards allaient des coins de bois qu’on ne devait plus revoir aux sourires qu’on verrait toujours.

Courons sans but ! Ils songeaient à courir jusques au bout du monde ; et plus ils s’éloigneraient d’ici, plus ils se rapprocheraient l’un de l’autre.

De là, en Grèce, puis en Turquie ; et toute l’Asie !

C’est fini ! La guérison les enveloppait ; la croyance les enlaçait ; ils étaient envahis de leur bonheur.