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La convalescence fut pour chacun une époque bien heureuse.

— Viens près de moi, demandait le malade.

Pierre apportait sa chaise contre le bois du lit, et souvent ils se prenaient la main.

— Est-ce que tu souffres ? Que désires-tu ?

Il multipliait ces interrogations caressantes qui voudraient être une guérison. — À mesure que Desreynes reprenait plus exactement sa pensée, il appréciait avec plus de certitude le changement de Pierre et davantage en déduisait les promesses ; avec une joie d’enfant aux genoux de sa mère, ou d’adolescent aux premiers rendez-vous, il savourait la douceur de l’intimité reconquise. Leur misère lui semblait moins profonde. Il bénissait son mal, pour y avoir retrouvé leur vie et l’amitié. Il se confiait en l’avenir.

Notre intelligence nous est-elle autre chose qu’une source de misères ? Dans la maladie, où nos facultés baissent en raison de notre épuisement, nous acceptons notre sort, tout déplorable qu’il est, avec moins de tristesse et de rancune que nous n’en dépensions pour accepter la vie, quand nous étions à l’état de santé.

Arsemar puisait dans sa contrition une sérénité analogue, et à chacun l’émotion d’être meilleur et d’être aimé rendait les destinées plus acceptables.

Cette joie était pourtant, chez Desreynes, traversée d’une crainte : il avait peur, non pas de disparaître et de laisser son ami seul, car l’affaiblissement de nos forces physiques nous rend moins accessibles au sen-